L’art de la jachère

Je laisse reposer ma créativité – Infolettre du mois d'avril 2026.

Lordesfeuilles

8/26/20263 min read

green moss on gray rock
green moss on gray rock

Salut toi,

Comment vas-tu ? Comment s’est déroulé ton premier trimestre ? Pour tout te dire, le mien est passé plus vite qu’une étoile filante… et la réécriture de ma romantasy y a été pour beaucoup !

Dans un précédent numéro de cette infolettre, je t’annonçais que je comptais achever le retravail du texte en janvier ou en février 2026, afin de préparer les documents d’accompagnement et de l’envoyer à des maisons d’édition dans la foulée. Il s’avère que j’étais un poil optimiste, puisque j’ai en fait terminé ma réécriture fin mars. « Et c’est OK ! », comme disent les jeunes (je crois ?).

Il y a plusieurs raisons à ce retard. Déjà, la période fin 2025 – début 2026 a été très riche en événements sociaux divers et variés. Les week-ends me permettent habituellement de bloquer de longs créneaux pour écrire, ce qui est moins facile quand je suis en vadrouille.

Ensuite, j’avais peut-être sous-estimé le volume de travail que représenterait cette réécriture. Le manuscrit a pris quelque 8 000 mots entre sa version précédente et l’actuelle : j’ai ajouté des péripéties et remanié des chapitres tout en m’efforçant de gagner en concision. Vaste programme !

Les premiers mois de l’année ont donc été intenses. Et si je suis très fière d’avoir accompli ce travail, je suis prête à savourer les quelques semaines de calme qui m’attendent – et un peu impatiente, aussi, de retrouver l’espace de liberté qu’est le début d’un nouveau roman.

Les premiers jets sont de purs exercices de créativité. Même si on a planifié l’intrigue et réfléchi à la personnalité et aux enjeux des personnages – c’est ce que je fais –, rien n’est définitif. Il est toujours possible que notre plan bien organisé soit dynamité par de meilleures idées.

Puisque le texte n’est pas encore entièrement écrit, que l’on n’a pas encore affronté la difficulté de figer notre super idée sur papier (ou sur écran) avec nos mots maladroits, toutes les portes restent ouvertes.

Nos personnages peuvent s’appeler Jean-Bidule ou Adjuvant·e 3, et nos descriptions de lieux se résumer à la mention [présenter les différents quartiers de la ville]. Le premier jet est le moment où on se fait plaisir, où le manuscrit nous fait la promesse qu’il sera un best-seller. (Je sais, mes premiers jets sont un peu arrogants.)

Parce que cette phase de la vie du texte est essentielle, je trouve important de l’aborder avec l’esprit clair. Je ne veux pas que mes nouveaux personnages soient des copier-coller hâtifs d’Isilde et d’Eridan, les personnages principaux de ma romantasy. Ils auront forcément des points communs, car ils partagent la même créatrice, mais je refuse que leurs voix se mélangent dans mon esprit.

D’où la nécessaire période de jachère créative entre deux romans !

La jachère (pour citer le Robert en ligne) est l’état d’une terre labourable qu’on laisse temporairement reposer en ne lui faisant pas porter de récolte. Je crois que c’est exactement ce dont ma créativité a besoin. Non que je manque d’idées, mais je suis convaincue que je pourrai exploiter plus efficacement celle que je choisirai si je la laisse décanter dans mon cerveau.

Pour cela, je dois résister à une tentation.

Celle d’enchaîner tout de suite, de me dépêcher, d’essayer d’agrandir ma bibliographie dans l’espoir que le prochain texte me transforme en autrice incontournable. C’est un mirage. Au moment où je t’écris, je n’ai aucune idée de ce qu’il adviendra de ma romantasy : sera-t-elle publiée ? Trouvera-t-elle son lectorat ? Plaira-t-elle ? Je suis incapable de répondre à ces questions, car rien de tout ça ne dépend de moi.

En revanche, j’ai de l’influence sur mon bien-être en tant qu’autrice, et sur la qualité des textes que je propose. Le repos est essentiel pour ces deux paramètres ! Bon, j’ai toujours du mal à éteindre mon cerveau, donc il est possible que mon prochain projet y occupe une place non négligeable… mais je n’essaie pas de forcer les choses, promis.

Le moment est donc venu pour moi de conclure cette infolettre et d’aller me détendre, les doigts de pied en éventail. J’espère que tu t’écoutes, toi aussi, que tu aies besoin de sérénité, de créativité ou d’effervescence.

Que ton printemps soit pétillant de joie (et pas trop riche en pollen).

Lordesfeuilles

Image par Jessica Mangano sur Unsplash